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Si la Chine était un fruit, ce serait…

Déjà bientôt deux mois que les cours ont repris, ce pourrait être une dynastie chinoise, tant il peut se passer de choses dans cet environnement sablonneux et mouvant… J’ai repris ma casquette de prof, pas le badge rouge que je suis sensée porter, néanmoins, car j’estime que ma tête en dit assez sur mon statut à l’école : je suis un laowai-foreign expert-UFO, dont la chair sans doute s’éclaire en phosphorescent dans la nuit, car jamais on ne me rate, chaque jour apporte son petit lot de « waiguoren ! » (« étranger ! »), et de sourires aux multiples sens. Nul risque de me confondre avec un étudiant ou un membre du staff, il n’y a pas encore d’étudiants étrangers dans cette école du fin fond de la Chine, mais qui sait, cela arrivera peut-être un jour, lorsque l’Empire aura aussi trouvé le moyen de dépasser les autres en termes de système éducatif…

Pour l’instant, on n’en est pas encore là, et mes élèves, lorsque nous jouons au jeu (histoire de pratiquer les « would » et les « could »…) du « qu’est-ce que vous aimeriez changer dans votre vie », se ruent sans hésitation sur l’école, qu’ils transformeraient, s’ils étaient doués des pouvoirs de Harry Potter, en Oxford (symbole ultime de l’Université occidentale, semble-t-il, les Yale, Columbia, Trinity et autres Sorbonne n’ayant pas encore franchi le cadre de leurs fantasmes extra-muraille de Chine). Je ne saurais vous retranscrire ici le nom chinois d’Oxford, il m’a bien fallu dix minutes, et force jeux de mains et explications imagées de leur part, pour comprendre de quoi ils voulaient parler. Les Chinois donnent des noms caractériels, pourrait-on dire, à tout ce qui provient de l’étranger. La géographie chinoise est ainsi rassemblée dans un sac de caractères, les noms de la terre entière ont leur transcription poétique en chinois, et de même les haut lieux et monuments, les marques internationales, les voitures, les sandwiches, les burritos, le chocolat, et tout ce que vous pouvez trouver sur un menu occidental en terre chinoise.

Je sens que j’ai trouvé mon pas auprès des élèves, les choses roulent à présent, ils ont même l’air contents de venir en cours, même quand c’est pour dormir ; on y dort bien, c’est détendu et intéressant, apparemment, en comparaison de ce qu’ils peuvent affronter le reste de la semaine avec leurs professeurs chinois. Parlons des professeurs, un peu, pour changer des élèves. Nous avons eu notre fête des Professeurs annuelle, l’événement national du 10 septembre, et cette fois ce n’est pas 200, mais 600 yuans que nous avons reçus (soit un cinquième de notre salaire !) en bonus. J’ai reçu aussi de mes élèves des fleurs, des cartes, une bouteille à thé, pour remplacer celle qui fuyait dans mon sac ; celle-ci fuit tout autant, mais elle avait le prestige d’être emballée dans un écrin capitonné proclamant « High Quality – Keep surpassing and progressing forever… », agrémenté d’un motif de nœud rouge traditionnel chinois, symbole de l’excellence, de la longévité et du classicisme, la version chinoise du pompon de la toque oxfordienne, en somme. Ces derniers mots sonnent également comme la version chinglish de ce dont je pourrais bien avoir fait mon cheval de bataille auprès des élèves : « f… the exams, let’s enjoy personal progress, for the sake of your own life » (en version slang).

Ou comment les responsabiliser, car il me semble bel et bien, de plus en plus, que la Chine est un univers où personne n’a de responsabilités… Un professeur ici me faisait remarquer qu’il appréciait, en tant que foreign expert, de n’avoir aucune responsabilité : pas de loyer à payer, de factures à régler, d’impôts à acquitter, d’abonnements à souscrire : tout est pris en charge par l’école, qui s’assure aussi ainsi que nous n’allions pas trop commencer à farfouiller partout dans le centre ville (il faut fidéliser son personnel…), et il est vrai que notre statut nous permet une vie particulièrement libre de trop d’encombrements matériels. Nous ne pouvons, certes, pas trop dire ce que nous voulons… Et encore, sous le coup de la naïveté, tout est à peu près excusé : ces étrangers sont bien bêtas, décidément… Et sous la casquette d’« experts », nous pouvons donner des avis et critiquer tranquillement les choses – même si ces avis ne sont pas retenus, ils sont écoutés avec force attention et hochements de tête.

Mais au-delà du microcosme foreign-expertal, j’ai le sentiment de plus en plus poignant que les responsabilités se refilent, ici, comme on se refile les mooncakes ou les fruits lors du festival de la Lune… Chacun opine de la tête, mais se garde bien de relayer les problèmes, car ce serait une source d’ennui pour lui-même. Personne ne veut perdre la face : cette dernière se refile aussi comme la patate chaude. Les supérieurs font retomber les responsabilités sur leurs subalternes, qui s’en débarrassent en se lavant, pour une fois, les mains. Jusqu’à ce que le problème devienne vraiment incontournable, et là on dit « c’est un problème… », et on appelle une cohorte d’experts, histoire de diluer le traitement entre plusieurs exécutants…

Pour donner un exemple trivial et bien bête, mais qui a le mérite d’être imagé et de vous montrer que, non, j’ai quand même quelques frictions avec la vie matérielle, j’ai eu affaire au cours des deux derniers mois à une petite opération plomberie, qui m’a confirmée dans l’idée que, oui, j’aime la Chine, et d’une façon générale j’aime le bordel, les dérapages, les trucs qui ne marchent jamais, tout cela est fort délectable, instructif, amusant, poétique – tant que ça reste en dehors de mon appartement… Tout fort que l’on apprend à se faire, en s’expatriant, on se rattache quand même à des échafaudages, des petits fondamentaux sur lesquels on sait que l’on peut compter, et notamment, pour moi, mon intérieur… En tant qu’Occidentale, formée à chérir l’individualité et la vie « privée », j’ai du mal à négocier avec le mode intrusif des Chinois ; et en tant que manche à balais en affaire de plomberie, j’ai du mal à ne pas pouvoir compter sur ce que l’on appelle, chez nous, l’« expertise », qui consiste, même si l’on ne sait pas, à « assurer »…

Donc, en cas de fuite d’eau, j’ai l’habitude de voir arriver un plombier, éventuellement assisté d’un bras droit, tous deux calmes, propres, efficaces, analysant le problème, le traitant, nettoyant, et tirant leur facture. Ici, l’avantage est que je n’ai pas de facture à déchiffrer. L’inconvénient est que j’ai un certain nombre d’autres choses à décrypter, et à tenter d’avaler dans le plus pur esprit zen (total échec sur ce coup là, du moins peut-être dans l’esprit, mais pas dans la lettre…). La première réparation est faite, au scotch très probablement, par deux énergumènes joyeux et pressés de retourner à leur télévision, un beau soir tranquille. Le scotch tient un mois, et un beau dimanche matin au réveil, la fuite reprend son cours, et cette fois les énergumènes en envoient d’autres, plus mon voisin qui, tant qu’à faire, vient faire la mouche du coche – à moins qu’il ne soit réellement aussi doué d’expertise, celle-ci se partageant assez facilement, et s’improvisant s’il le faut, comme je me suis, après tout, improvisée professeur…

Défilent, en trois jours, une troupe entière d’As de la fuite, avec leurs cigarettes (mais là ma limite était franchie ; ils m’ont regardée d’un œil incrédule, et ont posé leurs mégots fumants, proprement alignés, sur la marche de l’escalier…), leurs chaussures boueuses, leurs téléphones portables musicalement performants, leurs commentaires multiples et tonitruants sur la malheureuse canalisation, armés de ma lampe de poche de camping, car à part des cigarettes et des téléphones, ils n’ont pas grand-chose dans la poche, et en moins de temps qu’il n’en faut pour passer deux trois coups de fil, ils couvrent la moitié de l’appartement de boue noire, et l’autre moitié d’un flot de paroles incompréhensibles, dans le plus pur kunminghua, le dialecte local, qui lorsqu’il est en outre mâché par un groupe d’ouvriers en pleine action, devient parfaitement chuintant, plus dégoulinant que la boue et la fuite d’une salle de bain réunies.

J’étais passablement énervée, ai apprécié au plus fin degré du détachement, pour rester dans le plus doux des euphémismes, leur façon de se saisir de mes affaires à tout va, pour récupérer des chaises (à défaut d’escabeau, on peut toujours improviser d’autres moyens de prendre un peu de hauteur…), de décréter que l’affaire était réglée, simplement à coup de grands discours, pour finalement revenir un quart d’heure plus tard, armés d’une nouvelle couche de boues aux semelles, pour tout défoncer, le plafond, la gaine, faire du ciment dans un sac plastique sur le carrelage de la salle de bain, et retapisser tout ce qui restait encore à peu près blanc de giclées marron, sans manquer de boucher l’orifice d’évacuation des eaux avec les restes de l’emplâtre, histoire d’obtenir un passeport pour une nouvelle visite dans un futur proche – mais là-dessus je les ai grillés, ayant flairé l’embrouille et saisi rapidement les morceaux pâteux, avant qu’il ne soit trop tard, avec des baguettes… Car toutes délicieuses que soient ces visites à raconter, je n’ai pas une envie plus que démente que ça de les réitérer dans un délai trop immédiat.

C’est dans ces moments là que le « laowai » (« étranger », littéralement « vieux pote de derrière les frontières ») devient sensible, et que ce mot précisément se prend dans ses oreilles de façon légèrement plus râpeuse. Le bouquet était arrivé lorsque l’un des camarades, se trouvant bien démuni de travail – la salle de bain faisant à peu près trois mètres carrés, déjà occupés par un demi-régiment –, s’est rabattu sur le jeu qui consiste à tout regarder avec curiosité dans l’appartement, et à s’esclaffer, d’un grand sourire naïf, que c’est fou, quand même, ces laowais, ils en ont des choses ! Dans un seul appartement ! Une seule personne ? Tout de même…

Pour décrypter un peu ce qui se joue dans ce genre de réflexions, il faut dire que précisément, non, mon appartement n’est pas chargé d’objets, il est –  il se trouve certains jours –, parsemé de papiers et de bouts de ficelles, qui lui donnent éventuellement un air encombré (ou bordélique, c’est comme on veut), et rempli, outre des meubles plus volumineux qu’efficaces fournis par l’école, de plantes vertes, des « choses » bien neutres et universelles, donc, qu’un Chinois fauché peut se payer s’il le veut.

Ce qui se joue ici, donc, c’est l’éternel cliché du laowai, forcément différent, forcément riche, forcément bizarre, jusque dans ses moindres humaines occupations, habiter un lieu, manger, aller aux toilettes, sans qu’il y ait même besoin de regarder vraiment ou de se questionner… Point tellement d’animosité, en fait, dans cette classification ; la plupart du temps il ne s’agit que d’un constat, mais dans les constats peu argumentés, les interlocuteurs peuvent mettre tout le sens qu’ils veulent, c’est bien le problème d’être un humain… Et à être « constaté » éternellement, il arrive qu’on ait envie d’être « regardé », pour de bon et dans sa pleine individualité… Mais l’individualité, en Chine, reste de groupe.

Lorsque j’ai demandé, suivant un exercice du manuel, à mes élèves ce qu’ils voudraient éventuellement changer dans leur vie, pas grand monde n’a coché les cases « apparence » et « personnalité ». A part quelques filles, pour leurs cheveux, qu’elles auraient souhaités plus longs et d’une meilleure qualité – ce qui est épatant, quand on connaît la nature de cheveux des Chinoises… Dans une classe d’Occidentaux de 20 ans, je ne doute pas que chacun y serait allé de sa chirurgie esthétique, de son Gymnase Club pour remodeler sa cellulite, de son psy pour modifier son syndrome d’interaction déficitaire avec l’entourage, de son manuel d’auto-estime de soi pour être toujours plus performant, toujours plus heureux aussi. Ici, la question de l’individu n’a pas encore été creusée outre mesure, même si mes élèves en perçoivent bien les avantages, quand je leur dis, par exemple, pour les mettre à l’aise, que chacun a une apparence différente, une personnalité différente, un niveau d’anglais différent… et que no worries, le tout c’est que ce niveau là évolue vers le haut…

Nous avons passé un certain temps, aussi, sur un exercice où il s’agissait de se définir à travers plusieurs métaphores : si j’étais un fruit, que serais-je ? Et une couleur ? Un animal ?… Pas grand monde n’a compris l’idée de la métaphore, et c’est leur mission pour la prochaine fois, inventer cinq rapprochements inédits ; je me délecte d’avance du cours qui vient… Les Chinois n’ont pas besoin de penser métaphores : ils sont déjà, par leurs noms, bien des choses ! Des fleurs, des animaux, le vent dans les branchages… En anglais, ils se nomment sans problème « April », « Just » ou «Apple »  (ou « Stephen Qing » : je ne résiste pas à mentionner ici cette ode à la littérature, trempée d’un vent dynastique chinois…). Alors que me demandes-tu ce que je suis, quand je suis une fleur de camellia, évidemment ! C’est comme ça, mes parents en ont décidé ainsi…

C’est comme ça, beaucoup de choses sont comme ça, et pas autrement, par décret supérieur. Quand il s’est agi de penser quel pays on pourrait être, cri du cœur, c’était la Chine, bien entendu. Pourquoi ? Parce que c’est ma patrie, my motherland, tiens, pardiCeux qui se voyaient en la France voyaient le romantisme, pour changer. Quelqu’un a voulu être la Grèce, pour son « mystère », et je l’ai remerciée, intérieurement. Tout comme celle-ci qui pensait, parmi les animaux, au chien, parce qu’en observant les chiens, elle comprenait des choses de l’être humain… Ce n’était pas tout à fait une métaphore encore, mais c’était touchant, et intéressant.

Quant à moi, je suis une myrtille rose, un oiseau qui, comme l’automne, voudrait garder le feu quand tout, autour, est gelé, et rêverait d’être aussi varié que la France ou la Chine peuvent chacune l’être, dans leurs genres propres et à leurs échelles différentes…

Ce job est, d’une façon générale, touchant et intéressant. Du moins c’est ce que j’en ai fait, car je crois que l’on peut bien tout faire avec tout : du beau avec du laid, du triste avec du gai, de la plomberie avec des sacs plastiques, des textes avec de la plomberie… Tout se recycle, rien ne se perd, comme dirait l’autre ! Il suffit de cliquer sur « sélectionner », et sur « modifier les filtres » (ça, c’est sûrement un résidu de mon passage « je tente d’affronter Photoshop toute seule comme une grande», ça laisse des séquelles, à défaut de résultats graphiques…)… Donc, tout intéressant et touchant qu’il puisse se présenter, je m’apprête à le laisser de côté quelques temps, pour partir m’installer en janvier à Dali, dans le Nord-Ouest du Yunnan, tenter une nouvelle expérience.

Mes élèves me manqueront ; la banlieue de Kunming, pas sûr, même si elle présente elle aussi d’incroyables trésors et que cela aura été une chance inouïe de vivre dans un endroit pareil ; la grande ville raisonnablement polluée, peut-être un peu car je suis bel et bien assez citadine dans l’âme et dans le sang, mais Paris n’est plus très loin, pour une bouffée d’air automobile, et Dali est un endroit hors du commun, où j’ai plusieurs atomes bien accrochés depuis quelques années…

Je me rends compte que j’ai en fin de compte parlé plus des élèves que des profs, comme j’en avais eu initialement l’intention, et que je n’ai pas abordé, comme d’habitude, le quart des sujets listés au fil des semaines… Peu importe, et peut-être est-ce parce que je ne suis pas transcendée par les profs chinois de mon école, du moins il est difficile d’avoir des relations simples avec eux. Si je m’en réfère au livre que je suis en train de découvrir actuellement, « River Town » (sur l’expérience d’un professeur américain, Peter Hessler, il y a dix ans en Chine), et avec lequel je peux d’ordinaire, tout dix ans d’âge qu’il ait,  tracer d’innombrables parallèles depuis mon expérience ici, ce pourrait être qu’ils ont reçu mission officielle de ne pas trop se mêler avec les professeurs étrangers. Mais je crois surtout que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, nous autres étrangers qui exerçons notre métier au service, généralement, d’une autre cause (bien souvent artistique…) ou d’une expérience culturelle, et eux pour qui il s’agit de gravir, rapidement, les échelons de la société, et de permettre à la famille de passer, en une génération parfois, de la paysannerie au digne professorat. Par ailleurs ils sont complexés par leur anglais, ne peuvent plus régner en Papes shakespeariens sur l’école, à présent qu’il y a d’authentiques représentants de la langue saxonne, ou des gens, comme moi, qui ont eu la chance d’aller l’étudier à l’étranger (quand il est encore quasiment impossible, en Chine, d’obtenir un passeport, et qu’il faudrait de toute façon de sérieuses bourses pour pouvoir soutenir le passage du yuan au dollar ou à la livre sterling…).

Ils ont une pression bien supérieure à la nôtre, et un ami me faisait passer le mois dernier un article français (une dépêche AFP, je crois) évoquant des punching balls installés dans les salles des profs, dans certaines écoles de Chine, à l’effigie du directeur, pour permettre aux dignes professeurs de vider leur agressivité. Je n’ai rien vu de semblable encore ici à l’école, mais après tout, on nous cache tout, on nous dit rien, et qui sait, il y a peut-être d’autres techniques disponibles dans les environs que la généreuse bouteille d’eau chaude et les feuilles de thé offertes par le directeur dans la salle.

Pour dire un mot des professeurs étrangers, du nouvel arrivage de cette année, parmi lequel je fais office, avec une autre, de figure ancienne, ils sont tout aussi intéressants et sympathiques que ceux de l’année dernière, on croise vraiment des gens aux parcours inédits dans ces écoles de Chine, je crois, mais je suis moins encline à recréer des liens qui vont, au bout de quelques mois, se défaire pour cause de déménagements, changements de boulots, retour au pays… C’est le mauvais côté, pour moi, de cette vie d’expat, et l’une des raisons, aussi, de mon départ pour Dali.

Il y a un couple de Québécois, avec leur petit garçon bilingue et bientôt trilingue (car déjà il absorbe des mots de chinois), et nous apprécions de pouvoir parler français entre nous ! J’ai par ailleurs commencé à enseigner le français, deux heures par semaine, à un groupe de professeurs chinois de l’école, et me réjouis d’avoir eu la chance d’apprendre cette langue de naissance, pour ne pas avoir à me farcir sa laborieuse étude aujourd’hui… Je termine généralement le cours par quelque chose de plus culturel, et ils m’ont interrogée, la dernière fois, sur les parfums français : voilà enfin que nous allons pouvoir nous pencher un peu sur les ingrédients dudit « romantisme », et pas seulement sur son nuage flou et dénué de sens… Je leur ai néanmoins proposé une approche moins romantique du parfum des Français, mimant les gestes matinaux d’un Parisien en semaine, de la salle de bain où il s’asperge d’essence de rose, à la rame du métro où il partage, en position sardine, ses effluves avec ceux de trois cents autres parfumés. Ils ont beaucoup apprécié je crois. Finalement, on respire pas mal, en Chine…

Cela dit, je vais peut-être aller me racheter du parfum, ils m’ont fait envie avec leurs rêves de romantisme…

Voilà, je vais m’arrêter là pour cette fois, même si j’avais d’autres détails croustillants à dérouler – comment, par exemple, le Potala a, selon mes élèves, été construit sous les Tang –, mais il y en aura sûrement bientôt de nouveaux à se mettre sous la dent, tout change si vite, en Chine… La mode elle-même semble déjà s’être métamorphosée (il faut dire que le group effect fonctionne particulièrement bien dans ce pays), et qui sait, il y a peut-être espoir de voir disparaître rapidement les dentelles, froufrous et broderies superposés qui peuvent, consommés en surplus d’abondance dans un bus légèrement peuplé, provoquer la nausée. La seule chose qui semble ne pas vraiment changer est le réseau Internet de l’école, qui, comme le système électrique, est optimisé pour un nombre à peu près trois fois inférieur d’utilisateurs, mais bon, à part les professeurs étrangers, personne ne semble trop s’embarrasser de ce détail, et après tout, une coupure électrique tous les soirs et des ordinateurs qui font du trois emails à l’heure, ça permet de se reposer la vue et de ne pas abuser trop des ondes néfastes de la technologie…

Parlant d’Internet, j’ai mis en ligne la nouvelle version de mon site, www.paulinefraisse.com, exclusivement consacré à la peinture cette fois-ci, et traduit en anglais. Il y a également deux de mes textes, écrits il y a quelques mois, en ligne sur le site de mon amie Marie-Laure et d’un groupe de ses amis, écrivains comme elle, http://dicidense.free.fr, dans la rubrique « Invité(e)s » : l’un sur la création artistique (« Les activités zartistiques »), l’autre sur les préjugés liés à l’âge au cours d’une rencontre (« Les discours de l’âge »).

Voilà, heureux automne à tous ! Ici, les marrons chauds sont de sortie aussi, et les glaces : diversité climatique de rigueur… Il semble bien qu’il faille, pour vivre en Chine, savoir faire le grand écart… En tout cas, jongler avec le yin et le yang, pour sûr : c’est peut-être la clef…