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Vietnam
Sent: lundi 3 novembre 2003 14:32:30Hello hello !quelques nouvelles, après ces quelques jours au Vietnam oĂą ça y est, je plonge corps et âme, complètement transportĂ©e par le charme d’Hanoi. Je vais avoir du mal Ă en partir ! Demain je m’Ă©clipse trois jours dans la baie d’Halong, un petit tour que font tous les touristes mais qui, je crois, n’est pas mal du tout : une nuit sur un bateau, l’autre sur une Ă®le Ă l’hĂ´tel ; randonnĂ©e dans la forĂŞt et les villages, canoĂ«-kayak, baignade… J’ai trouvĂ© tout Ă l’heure au fond de mon sac mon parĂ©o (celui de Goa…) que j’avais presque oubliĂ©, bien roulĂ© en boule quelque part dans une poche. Ca va faire du bien de voir la mer !
Vendredi, nouvelle journĂ©e Ă Hanoi – chaque jour ici est un enchantement, je ne m’en lasse pas ; cinq jours dĂ©jĂ , je crois, Ă flâner, fouiller des yeux, c’est comme si cette ville avait plusieurs Ă©paisseurs, il faut repasser plusieurs fois… -, et le week-end je repars pour deux jours de randonnnĂ©e dans les montagnes, histoire d’avoir une meilleure vision, j’espère, des montagnes du Nord que celle que j’ai eue les deux premiers jours Ă Sapa, oĂą il n’y avait, littĂ©ralement… pas de vision ! Une brume Ă couper au couteau. Un peu dĂ©cevant après la super randonnĂ©e faite au Yunnan.
Mais surtout, je crois que, comme les premiers jours en Chine, il va me falloir Ă chaque fois quelques jours d’acclimatation. C’est tellement Ă©trange de se construire des repères, de commencer Ă naviguer avec aisance quelquepart, puis de tout recommencer, surpris car on a toujours tendance Ă supposer que deux pays sĂ©parĂ©s par une frontière de 20 mètres de large devraient tout avoir en commun…
Art de vivre indochinois
En tout cas, troisième pays d’Asie, troisième dĂ©couverte. C’est passionnant, mĂŞme si je ne parle pas les langues, mĂŞme si j’effleure les cultures, je commence Ă avoir des Ă©lĂ©ments de comparaison, Ă comprendre certaines choses par dĂ©duction et comparaison avec les prĂ©cĂ©dentes dĂ©couvertes.
J’ai eu un choc au musĂ©e des Beaux-Arts de Hanoi. Quel bonheur de retrouver ici l’esthĂ©tique, le raffinement ! tout en gardant le charme du bazar asiatique…
Que ce me semble propre ! trop propre, mĂŞme, et trop facile. Il y a des touristes partout, et pas seulement des backpackers : Ă©galement des gens en vacances, qui visitent, consomment, blindent leurs sacs de souvenirs et se parfument pour aller dĂ®ner le soir… Très bizarre, après la Chine.
En tant que Français on est accueilli Ă bras ouverts, on a l’impression d’arriver chez des cousins. Et tous ces cafĂ©s (ou ca phe) partout, sur un coin de trottoir, dans une Ă©choppe, ou sur une terrasse avec des tables en fer forgĂ©…
Ouh lĂ lĂ , je suis mordue par Hanoi !
Un peu comme par Barcelone : des plantes vertes qui sortent partout, du fer forgĂ©, le jaune des murs, l’architecture (Art DĂ©co de rigueur…)… Mais plus lent, moins agressif, cela doit venir de la langue aussi.
Et pour me rien gâcher, le pouvoir d’achat grimpe encore un peu. Je dors (comme un bĂ©bĂ©) dans un dortoir pour 1 US$ par nuit. On peut boire Ă un cafĂ© sans se ruiner. La cuisine est un peu dĂ©cevante après la Chine, par contre (surtout quand on Ă©vite les fruits de mer). Je continue Ă vivre dans la rue, au marchĂ© le matin qui regorge de petits stands, en vadrouille la journĂ©e, dĂ©marche lente, locale (il fait chaud…)…
Je pense bien Ă vous. J’espère retrouver cette atmosphère Ă Pnom Pehn (orthographe douteuse ?…) ?…
Je vous embrasse fort,
Pauline
24/11/2003 16:05 Objet : Good morning (Vietnam)
Ho Chi Minh City (Saigon), 35 degrĂ©s moites et un brouhaha qui ronronne dĂ©jĂ Ă 5h du matin, quand les Vietnamiens se mettent en branle (je les rejoins vers 6h, gĂ©nĂ©ralement… A 8h, il faut dĂ©jĂ sortir la crème solaire ; Ă 9h, le premier coca se fait urgent).
Ca n’empĂŞche qu’on aperçoit ça et lĂ des panneaux “Merry Christmas 2003” et “Happy New Year” avec des pères NoĂ«l et des guirlandes de sapin. Finalement, les decorums festifs chrĂ©tien et boudhiste se fondent assez bien : la guirlande Ă©lectrique, le papier d’argent et les bougies rouges se retrouvent Ă Ă©galitĂ©.
Au bout d’une nuit d’encre de Chine
La transition avec la Chine a Ă©tĂ© boueuse. Je ne pouvais quitter le pays sans avoir testĂ© un moyen de transport encore evitĂ© – mais je me demande parfois si quelqu’un a dĂ©jĂ essayĂ© de recenser les moyens de transport en Chine : impressionnants de crĂ©ativitĂ© en la matière, les Chinois se dĂ©placent sur tout et n’importe quoi – : le bus-couchette. Un nom sĂ©duisant, pour un concept peut-ĂŞtre sĂ©duisant par temps sec (et encore…), en tout cas assez reluisant de boue par la pluie qu’il faisait Ă Kunming ce jour lĂ . J’ai finalement rĂ©ussi Ă passer avec mon sac Ă dos entre deux des trois rangĂ©es de lits, Ă dĂ©loger le type dĂ©jĂ avachi avec ses chaussures sur celui qui m’Ă©tait attribuĂ©, Ă encastrer les sacs entre les cartons, sacs plastique, chien (pendant les trois premières heures du voyage j’ai cru que c’Ă©tait un poulet, au bruit. Après j’ai commencĂ© Ă Ă©mettre des hypothèses sur la capacitĂ© de continence du chien, coincĂ© sous une banquette pendant 15 heures, et Ă calculer la pente qui le sĂ©parait de mon pauvre sac Ă dos heureusement dĂ©jĂ protĂ©gĂ© d’une bonne couche de boue huileuse).
On s’est mis en route vers Lao Cai, Ă la frontière du Vietnam ; j’ai demandĂ© Ă mon voisin de gauche de bien vouloir cracher ses bouts de cure-dents dans l’autre couloir ; il faut dire que j’avais besoin de ce couloir-ci pour loger tantĂ´t mes fesses, tantĂ´t mes pieds, les 150 cm du lit (pour 35 de large) ne permettant pas de tout rentrer. Le cĂ´tĂ© carcĂ©ral du bus – des barres de fer dans tous les sens, horizontal et vertical – s’est avĂ©rĂ© très pratique, pour tenter de rester chacun Ă peu près accrochĂ© Ă son lit (pas comme les sacs et cartons qui, eux, voyageaient dĂ©jĂ sur la couche de mĂ©gots du sol).
A 6h, on m’a larguĂ©e Ă la ville frontière, nuit noire, pluie incessante, charmant port de pĂŞche ou brillait la lumière d’un bar dĂ©jĂ ouvert, oĂą j’ai rencontrĂ© un AmĂ©ricain Ă©leveur de bambous avec qui on a commencĂ© Ă faire le parcours du passe-frontière : trouver la bonne banque pour changer les billets – et rĂ©cupĂ©rer un matelas de Vietnam Dongs, 1 US$ valant 15 000 dongs, on se retrouve millionnaire, et la silhouette “ceinture Ă billets” devient de plus en plus sexy -, passer les contrĂ´les du SRAS (prise de tempĂ©rature), de la douane, etc. Après on se retrouve bĂŞte, Ă traverser Ă pieds un pont de 50 mètres de long, avec l’impression de flotter dans la brume.
50 mètres plus loin ce n’est pourtant plus pareil. Les gens se ressemblent, mĂŞme s’ils ont beaucoup plus de chapeaux coniques (on en voyait dĂ©jĂ un peu au Yunnan), mais ils parlent mieux anglais. Il y a des mini-baguettes de pain partout ! Les maisons ont des façades, colorĂ©es et Ă balustrades. Ce n’est qu’une façade, les cĂ´tĂ©s de la maison sont laissĂ©s brut de dĂ©coffrage, mais dĂ©jĂ on sent la recherche esthĂ©tique. Tant de couleurs d’un coup, malgrĂ© la pluie aussi glauque que de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière, on se croirait rentrĂ© Ă Disneyworld, ça ne peut qu’ĂŞtre plus relax, ce pays…
Rizières dans la brume
J’ai commencĂ© par trois jours dans les montagnes Ă Sapa, Ă deux pas de la frontière, oĂą vivent des minoritĂ©s ethniques aux costumes folkloriques, les Hmongs Noirs notamment, qui font pousser le chanvre (pour fabriquer le tissus…) et l’indigo (pour le teindre !), et ont, pour les femmes, les mains bleues Ă force de travailler ce matĂ©riau (les touristes, eux, ont des sacs Ă dos bleus, Ă force de l’acheter et de l’empiler avec leur linge dans l’atmosphère saturĂ© d’humiditĂ© de Sapa…).
La brume s’Ă©cartait une heure parfois le matin pour laisser voir les rizières partout sur les flancs des montagnes, mais globalement mon hĂ´tel avec terrasse panoramique n’a pas Ă©tĂ© d’une grande utilitĂ©. Sinon de m’offrir pour la première fois depuis plusieurs semaines une chambre propre, et pour moi seule, avec des moustiquaires en dentelle (pas de moustiques, mais le charme des lits Ă baldaquins !). Il m’a fallu trois jours pour admettre que, oui, on pouvait ĂŞtre propre ; tout me paraissait reluisant, et aujourd’hui encore, je suis surprise Ă chaque fois que j’entends un touriste se plaindre de la saletĂ© ou de l’inconfort dans un bus…
Train de nuit jusqu’Ă Hanoi. LĂ j’ai commencĂ© Ă rĂ©aliser que quelque chose diffĂ©rait d’avant : pas besoin de concentrer le quart de ses neurones ni de son Ă©nergie, juste suivre le flot des touristes, de l’hĂ´tel, au bus, du bus, Ă la gare, de lĂ , au wagon. MĂŞme pas besoin de s’y prendre trois heures trente Ă l’avance ; on peut siroter une bière jusqu’au quart d’heure prĂ©cĂ©dent le train.Grosse dĂ©ception avec le train : ennuyeux Ă mourir, oĂą sont les discussions hurlantes des Chinois, les graines de tournesol Ă©crasĂ©es partout, les thermos d’eau chaude, les vendeurs de petits plats ?…
Hanoi : sous les pavĂ©s, la rage ; sur les trottoirs, les sages…
Ă€ Hanoi, j’Ă©tais enfin sortie de ma torpeur des deux premiers jours – passĂ©s Ă “atterrir”, trouver Ă Ă©changer mon guide de la Chine contre un du Vietnam, comprendre comment calculer avec des zĂ©ros pour payer, observer, naviguer dans la boue -, et le charme de cette ville n’a pas tardĂ© Ă opĂ©rer. Les Vietnamiens ont la culture du cafĂ© (ca phe), on peut s’asseoir partout, boire un verre. Ils le boivent glacĂ© – la glace est livrĂ©e par pains Ă©normes, sur le porte-bagages d’une moto oĂą Ă mĂŞme les planches d’une charrette Ă vĂ©lo ; pas tellement de voitures au Vietnam, pas tant de frigidaires que ça non plus (trouver un coca frais sans glace pilĂ©e relève parfois du parcours du combattant), pas de micro-ondes… Des tĂ©lĂ©s, par contre, jusque dans les maisons flottantes des pĂŞcheurs de la baie d’Halong… -, accompagnĂ© d’un thĂ© très lĂ©ger pour diluer. Le thĂ© vietnamien est surprenant, infâme il faut bien le dire, surtout après la Chine et ses mille saveurs – mais je suis encore en train d’en siroter un Ă l’heure oĂą je vous Ă©cris, ça n’empĂŞche… -, très pale d’aspect, mais il vous dĂ©charge une dose de cafĂ©ine ressentie jusque dans les doigts certains jours.
ArrivĂ©e Ă 4h30 du matin dans Hanoi, j’ai eu la chance de voir les rues encore Ă l’Ă©tat calme. Une heure plus tard, c’est parti, il faut un vĂ©ritable apprentissage pour traverser la rue, on voit les touristes dĂ©semparĂ©s, se voyant dĂ©jĂ condamnĂ©s Ă ne voir Hanoi que du cĂ´tĂ© gauche du trottoir. Il s’agit d’avancer au beau milieu du trafic, sans s’arrĂŞter mais Ă deux Ă l’heure ; si l’on s’arrĂŞte, on surprend le conducteur et c’est lĂ qu’on se prend une moto. Car l’autre grande caractĂ©ristique, c’est qu’il n’y a que des motos (plus quelques vĂ©los, mais tout Vietnamien qui se respecte ne rĂŞve que du jour oĂą il va passer au statut supĂ©rieur de motocycliste ; et quelques voitures, mais surtout des taxis, et plus Ă Saigon qu’Ă Hanoi m’a-t-il semblĂ©).
En tout cas, après un mois de cet exercice, on adopte une dĂ©marche nouvelle, la lenteur dans la mobilitĂ©, adaptĂ©e au trafic aussi bien qu’Ă la chaleur.
Je remarque diffĂ©rents usages du trottoir et de la chaussĂ©e, d’un pays Ă l’autre, après la Chine et le Japon, et ici Ă prĂ©sent : au Japon, on partage le trottoir avec les vĂ©los ; en Chine, les vĂ©los ont leur piste, le trottoir sert Ă tout le reste, se laver les dents ou faire pipi, mĂŞme, s’il le faut ; au Vietnam on est obligĂ© de marcher dans la rue, le trottoir sert Ă garer les motos, Ă cuisiner et Ă s’asseoir pour manger…
La ferveur retrouvée
A Hanoi j’ai commencĂ© Ă prendre mes repères, restĂ©e une semaine, dans un dortoir Ă … 1 US$ ! J’ai parcouru et reparcouru les rues du centre, spĂ©cialisĂ©es l’une dans les perles, l’autre dans le fer blanc, la troisième dans les papiers religieux (faux billets de banque, boĂ®tes Ă bijoux en papier, faux tĂ©lĂ©phones portables, mĂŞme, destinĂ©s Ă ĂŞtre brĂ»lĂ©s au temple ou sur l’autel familial. Après la coupure de la Chine, j’ai retrouvĂ©, au Vietnam, quelque chose de la ferveur du Japon : partout, chez les gens, dans les magasins de vĂŞtements, les restaurants, sur les troncs d’arbres… des mini-autels ; une fente dans le trottoir, une vieille cannette de soda, une planche de bois, tout est prĂ©texte Ă glisser un ou deux bâtons d’encens.), et tant d’autres rues aux artisanats les plus spĂ©cifiques.
Repos du guerrier
Coupure de trois jours pour aller voir la baie d’Halong, incontournable mais Ă bon droit : incroyable formation naturelle, et dormir sur le pont du bateau au milieu de ces pitons de jungle et du silence autour n’en Ă©tait que plus fort. Tout autant que la randonnĂ©e du lendemain matin, guidĂ©s par un ancien soldat ayant combattu contre les GI’s (aucun AmĂ©ricain dans le groupe parmi nous, mais il nous a promis, le cas Ă©chĂ©ant, qu’il ne l’aurait pas semĂ© dans la jungle ; tout cela est passĂ©, et j’ajouterais mĂŞme, l’AmĂ©ricain incarne solidement aujourd’hui le père du Roi Dollar, brĂ»lĂ© en facsimilĂ© dans les temples, mais adulĂ© dans la rue…). Le parcours relevait plus de l’escalade que de la randonnĂ©e, on peinait comme des bĹ“ufs, de liane en pierre bancale, tandis que lui gambadait en chaussures de toiles, taillant la route Ă la machette. Et donc je me suis dit que je n’aurais jamais pu ĂŞtre soldat. Ma montre Ă©tait embuĂ©e par l’humiditĂ© autant que la dernière fois, Ă Kyoto, après trois heures de pluie battante sans parapluie. Mais ici c’est sous un soleil de plomb qu’on avançait…
Trois jours coincĂ©e avec un groupe, cependant, a Ă´tĂ© une certaine part de charme Ă l’expĂ©dition, et j’ai commencĂ© Ă comprendre que voir le Vietnam, et non “les touristes au Vietnam”, allait ĂŞtre une sacrĂ©e paire de manches, un challenge pour les trois semaines Ă venir, mĂŞme.
Triste touriste, joyeux tropiques
Je n’ai commencĂ© Ă relever le challenge que quinze jours plus tard, en fait, ayant atteint le fond de ma tolĂ©rance Ă ce système discriminatoire permanent, Ă Hoi An, Mecque du tourisme au centre du Vietnam. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen de quitter la spirale de la dĂ©ception permanente : après la Chine et le Japon, une semaine de vacances font du bien, mais un mois comme ça Ă se traĂ®ner, facilement, avec le flot mono-orientĂ© (du Nord au Sud ou du Sud au Nord : en tout cas on se suit les uns les autres, et on passe son temps Ă retrouver les gens qu’on avait aperçus la semaine d’avant), en se heurtant, Ă chaque tentative d’entrer en contact avec les Vietnamiens, Ă quelque intĂ©rĂŞt commercial (quelqu’un vient vous parler, très ouvert, curieux, prĂŞt Ă vous rĂ©pondre sur deux ou trois questions concernant son pays ; et il ne faut pas trois minutes pour qu’il enchaĂ®ne subitement sur un “you come see my shop” ou “you buy something for me“…). Du coup les quelques rencontres authentiquement sincères prennent une saveur incomparable ! Mais parallèlement, on devient mĂ©fiant, on se fait violence pour admettre le caractère gratuit d’un tel contact.
L’argent pourrit tout, aussi bien les relations Vietnamiens/touristes, que les conversations des touristes entre eux : “…so cheap !” et “dollar” sont probablement les trois mots les plus rĂ©pandus sur le fil qui va du Nord au Sud du pays, le long des bus “open ticket” (ticket de bus “so cheap” qui permet aux backpackers d’Ă©conomiser de quoi siffler quelques litres de bière ou de se payer quelques banana pancakes de plus ; bus spĂ©cial touristes, de mĂŞme qu’il y a les bars spĂ©cial touristes, les restaurants spĂ©cial touristes, oĂą le moindre verre de bière coĂ»te 1/20ème du salaire mensuel d’un Vietnamien, etc.).
On n’est plus seulement assimilĂ© Ă un Occidental (comme en Chine ou au Japon ; et après tout, c’est de bonne guerre : on est bien, en effet, des Occidentaux, et les Asiatiques ont autant de mal Ă nous distinguer physiquement les uns des autres, que nous Ă les diffĂ©rencier entre eux), mais Ă©galement Ă un mangeur de fried eggs et de banana pancakes. Ce dernier semble bien s’assimiler Ă l’ultime signe de reconnaissance, l’appât 100% efficace du touriste, on le voit vantĂ© en rĂ©clame sur toutes les devantures des endroits Ă touristes.
Je pourrais Ă©piloguer comme ça longtemps sur le tourisme, en fait un voyage au Vietnam en apprend autant lĂ -dessus que sur la culture vietnamienne probablement. C’est intĂ©ressant aussi après tout. Je voudrais lire Plateforme de Michel Houellbecq, maintenant que j’ai atteint Saigon et que je dĂ©couvre, par-dessus le banana pancake, une bonne couche de prostitution et de gros types rougeauds traĂ®nant avec eux de jeunes Vietnamiennes salies aux yeux des leurs du moment mĂŞme qu’elles s’affichent avec un Occidental.
Jacques a dit : prends ton vélo sous la pluie
ArrivĂ©e Ă une phase d’interrogations tracassantes, tentĂ©e mĂŞme de filer au Laos voisin ou d’accĂ©lerer vers le Cambodge, je me suis dit que non, il ne fallait pas baisser pavillon si vite, et que pouvait s’inventer une solution diffĂ©rente.
J’ai donc dĂ©cidĂ©, et de ne plus jamais reprendre de tour organisĂ©, et de changer de mĂ©thode par rapport au “harcèlement” commercial permanent : non plus l’Ă©ternel “no, thank you“, coupable et dĂ©solĂ©, mais le jeu, par exemple, qui consiste Ă trouver une rĂ©ponse diffĂ©rente Ă chaque fois pour les 2 Ă 300 sollicitations de la journĂ©e, sollicitations du type “Madame, motorbike !“, “Where are you from ?“, “How old are you ?“, “Where are you going ?“, “Can I help you ?“, “You buy postcard for me“, “You have euro coins ?“, “What’s your name ?“, etc. Les Vietnamiens ne sont pas dupes, et ils ont l’air d’apprĂ©cier les rĂ©ponses qui les surprennent un peu. Je ne comprends rien Ă leur langue, mais ils paraissent avoir de l’humour et aiment rire ; ceux qui parlent anglais ou français, y compris les guides touristiques, ont toujours un mot pour rire.
J’ai aussi optĂ© de faire avec le climat, le milieu du pays Ă©tant noyĂ© sous ce qui semblait bien se confirmer comme Ă©tant la saison des pluies… Après tout, n’avais-je pas toujours rĂŞvĂ© de tester la marche en tongs dans la boue jusqu’aux chevilles ?… Et puis si les Vietnamiens vivent six mois par an lĂ -dessous, il doit y avoir un moyen de survivre. Le moyen en question apparaĂ®t, en fin de compte, sous la forme du poncho, et un tour en vĂ©lo jusqu’Ă la plage, Ă 5km, sous un typhon, est sĂ»rement un souvenir plus marquant que deux jours de parties de cartes sous la bâche inondĂ©e d’un bar ! (j’ai quand mĂŞme appris deux nouveaux jeux, un australien, le “shithead“, et un suisse, le “yas“, plus sophistiquĂ© mais moins drĂ´le…)
Photocopillage sans limitation
La cuisine vietnamienne n’a pas la diversitĂ© de la chinoise, et je me prends Ă rĂŞver parfois des currys thaĂŻlandais ou indiens qui m’attendent, Ă dĂ©faut du poivre noir du Sichuan laissĂ© en arrière… Mais ils ont une attraction qui me sĂ©duit assez, les restaurants vĂ©gĂ©tariens, qui imitent Ă la perfection la viande, le poisson ou la charcuterie… avec du tofu et des champignons !
Le Vietnam est un pays maĂ®tre dans l’art de la contrefaçon : non seulement les vĂŞtements, sacs, chaussures (Ă Hoi An, par exemple, on peut se faire faire l’intĂ©grale de La Redoute ou de Next pour quelques dollars), mais aussi les faux tĂ©lĂ©phones Ă brĂ»ler au temple, l’effigie du guide du routard, placardĂ©e partout – tantĂ´t moustachu, tantĂ´t barbu, blond, brun, ventru ou longiligne, mais c’est bien lui -, le nom de son concurrent voisin (pour un restaurant ou une agence de voyage, par exemple : cela donne des villes oĂą toutes les agences portent le mĂŞme nom… tout en restant de farouches concurrentes), les livres et guides touristiques photocopiĂ©s que l’on vous vend partout dans la rue ou les magasins, la viande et le poisson pour finir. Il est d’ailleurs significatif que les commerces de “photocopy” fleurissent partout et semblent prospĂ©rer confortablement…
L’Asie est un dragon au pied d’argile
Aujourd’hui, je suis Ă deux jours de quitter le Vietnam, nostalgique dĂ©jĂ et savourant les derniers moments oĂą l’on est, enfin, plus Ă l’aise, sachant un peu mieux Ă quoi s’attendre ou vers quoi tendre, goĂ»tant le plaisir de nĂ©gocier sans stress et avec le sourire.
Justement, le Vietnam m’a apportĂ© le sourire, et un rythme nettement ralenti…
Je vais sĂ»rement retrouver au Cambodge les deux tiers des touristes prĂ©sents ici, et n’ayant pas très envie de faire quatre mois de circuit “backpacker on a shoe string around South-East Asia“, je crois que je vais renoncer au Laos et Ă la Birmanie pour cette fois-ci, et m’envoler, après la ThaĂŻlande, pour l’Inde, histoire d’avoir eu un apercu du boomerang qui relie le Japon Ă l’Inde…Boomerang, ou dragon, car la lĂ©gende dit, Ă Hoi An, que le pont japonais aurait Ă©tĂ© construit sur le talon d’Achille d’un dragon imaginaire reliant ces deux empires, et c’est pour se faire pardonner de la bĂŞte ainsi clouĂ©e au sol, qu’on lui aurait Ă©difiĂ© un petit temple au sommet du pont…
De la ville Ă la jungle
Pour un bref rĂ©sumĂ© gĂ©ographique, après Hanoi je suis descendue Ă Hue, l’ancienne capitale, puis Ă Hoi An, très joli port de pĂŞche noyĂ© sous la pluie et les touristes, mais nĂ©anmoins ravissant, puis deux jours de plage et de vĂ©lo Ă Nha Trang.
En montagne, ensuite, Ă Dalat, oĂą les choses ont commencĂ© Ă prendre un tour nettement plus agrĂ©able et intĂ©ressant (VTT, visite d’une maison complètement farfelue, mi-Gaudi, mi-lianes des temples d’Angkor…), sortie du circuit rebattu pour rejoindre le parc naturel de Cat Tiem, une expĂ©dition en soi (et enfin un parfum de galère, retrouvĂ© des deux mois prĂ©cĂ©dents !) et la dĂ©couverte de la forĂŞt tropicale, nuits crissantes et coassantes, la porte ouverte sur l’Ă©paisseur de la jungle, et morsure de sangsue Ă l’appui…
Saigon, enfin, oĂą je me suis payĂ© une chambre individuelle (!), chez l’habitant, et oĂą je me promène tranquillement, Ă pieds, en moto ou en cyclo – ou cyclo-pousse, auquel j’ai eu un peu de mal Ă me mettre, un peu Ă©hontĂ©e d’abord de me faire traĂ®ner en pleine chaleur par les coups de pĂ©dales dĂ©terminĂ©s de sexagĂ©naires peu remplumĂ©s ; un peu moins en dĂ©passant, sur ces cyclos, d’autres touristes plus volumineux, voire poussifs et avachis ; et de moins en moins finalement, en comprenant, face Ă leurs offres rĂ©pĂ©tĂ©es au coin des rues, que les cyclo drivers ont dĂ©sespĂ©rement besoin de travailler. Encore l’un de ces continuels arrangements avec la culpabilitĂ©, la star de notre Occident judĂ©o-chrĂ©tien, mise au grand jour dans ce contexte asiatique et dans ce flagrant dĂ©calage financier…
Au Vietnam, l’art se cultive en terrasse
Je suis aussi allĂ©e au musĂ©e des Beaux-Arts, espĂ©rant retrouver le choc Ă©prouvĂ© Ă Hanoi, Ă la dĂ©couverte notamment des peintures Ă la lacque. L’une des saveurs fortes du Vietnam, après la Chine, c’est l’esthĂ©tique prĂ©servĂ©e. On y prĂŞte mĂŞme une grande attention. On soigne ainsi les apparences : les gens sont Ă©lĂ©gants, mĂŞme en pyjama (certains sont en pyjama, et bien leur en fait, c’est sans doute le vĂŞtement le plus agrĂ©able Ă porter par cette chaleur…). Les maisons ont des façades, de style “nĂ©o-colonial”, Ă balustrades, mĂŞme si Ă l’intĂ©rieur on dort par terre Ă cĂ´tĂ© de sa moto entre ses cartons de marchandise, tandis que les Ă©tages sont louĂ©s aux touristes de passage…
Les artistes fleurissent partout, il y a un courant d’art contemporain assez actif, des galeries partout, outre les musĂ©es nationaux. J’ai croisĂ© des Ă©tudiants dans un cafĂ© qui chantaient, accompagnĂ©s d’une guitare ; une autre fois, on m’interrogeait, pour un sondage universitaire, sur la mode et son importance Ă mes yeux ; un autre jour, le patron d’un cafĂ© me montrait des reproductions des travaux de tous ses amis peintres, et dĂ©chirait pour moi la page d’un ouvrage, une vision rouge feu de la cathĂ©drâle d’Hanoi, en souvenir…
Après cette transition citadine et « civilisĂ©e », je me dirige vers le raffinement, dit-on, du Cambodge et des temples d’Angkor… Les gens se protègeraient moins du soleil lĂ -bas (les Vietnamiennes se voilent la face et portent des gants : un coup de soleil, et c’est le risque, peu apprĂ©ciĂ©, d’ĂŞtre prise pour une Cambodgienne ; autant perdre la face mille fois que d’essuyer un tel affront !…), et des touristes par la mĂŞme occasion, moins parquĂ©s dans des circuits fermĂ©s. A voir.
Je vous envoie en tout cas plein de soleil et de sourires vietnamiens !
A bientĂ´t,
Pauline
+33 1 73 74 42 41 




